Fabriquer du papier chanvre à partir des résidus


La production de papier à partir de la plante de chanvre existe depuis des siècles. Cependant, avec l’essor du CBD et du Hash CBD, l’intérêt pour le chanvre en tant que matière première augmente. Dans une optique de préservation environnementale et d’optimisation des ressources, il devient pertinent de chercher des moyens de valoriser chaque partie de la plante. Cet article vous propose d’explorer la fabrication de papier à partir de résidus de chanvre, en abordant la législation suisse applicable, les étapes de la transformation, ainsi que les avantages écologiques et industriels avérés. Toutes les références citées proviennent de sources fiables, telles que la Loi sur les stupéfiants (LStup, RS 812.121) ou d’études revues par des pairs ayant examiné l’intérêt écologique et socio-économique du chanvre.

1. Contexte légal en Suisse : production de chanvre et résidus

1.1 Le statut du chanvre en Suisse

En Suisse, le chanvre (Cannabis sativa L.) est soumis à la Loi sur les stupéfiants (LStup, RS 812.121) et à ses ordonnances d’application. D’après cette loi, il est autorisé de cultiver du chanvre industriel à condition que la variété présente un taux de THC inférieur à 1 % (art. 2, al. 1 LStup). Les variétés de chanvre industriel autorisées en Suisse sont répertoriées et validées par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). L’extraction du CBD est également tolérée, sous réserve que le produit fini ne dépasse pas le même seuil réglementaire de THC.

1.2 Les résidus de chanvre : qu’est-ce que c’est ?

Après l’extraction du CBD ou la fabrication de Hash CBD, il reste des résidus de fibres et de biomasse. Souvent considérés comme des déchets, ils contiennent pourtant de la cellulose, de l’hémicellulose et parfois une partie de la lignine, composants fondamentaux pour la production de papier. Dans le cadre d’une économie circulaire, ces résidus peuvent être réorientés vers la papeterie.

Selon une fiche d’information de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) sur le chanvre, le chanvre industriel occupe une place croissante parmi les cultures alternatives en Suisse. L’OFAG encourage l’exploration de débouchés nouveaux et durables pour la plante, ce qui inclut la valorisation des coproduits après l’extraction des composés actifs.

2. Pourquoi utiliser le chanvre pour faire du papier ?

2.1 Une matière première riche en cellulose

Le chanvre est réputé pour sa teneur élevée en cellulose, l’un des principaux éléments de la paroi cellulaire des plantes et la base absolue pour la fabrication de papier. D’après une étude publiée dans la revue scientifique Industrial Crops and Products (Taylor & Francis, revue à comité de lecture), les fibres de chanvre peuvent contenir jusqu’à 70 % de cellulose, ce qui en fait une excellente ressource pour obtenir un papier solide et de haute qualité.

En comparaison, le bois d’arbre (principalement utilisé dans l’industrie papetière) a une teneur légèrement inférieure en cellulose et nécessite des processus de transformation plus longs. Le chanvre pousse rapidement, ce qui permet un renouvellement plus fréquent des cultures.

2.2 Un cycle de croissance rapide et durable

Une autre raison d’utiliser le chanvre réside dans son cycle de croissance court. En environ 100 à 120 jours, la plante atteint sa maturité, ce qui la rend viable pour un approvisionnement récurrent. Cette cyclicité élevée est particulièrement intéressante dans une optique de production de masse. Les résidus de chanvre, provenant par exemple de la production de Hash CBD, sont une façon de rentabiliser chaque partie de la plante, réduisant simultanément le gaspillage et l’empreinte carbone globale.

Le chanvre requiert par ailleurs moins de pesticides et d’engrais que d’autres cultures telles que le coton. Selon un rapport de l’Association européenne du chanvre industriel (EIHA), les variétés de chanvre industriel sont rarement sujettes à de fortes infestations parasitaires, ce qui diminue l’utilisation de substances chimiques potentiellement nocives pour l’environnement.

2.3 Des propriétés mécaniques supérieures

Le papier à base de chanvre se caractérise par une résistance à la déchirure plus élevée que le papier fabriqué à partir de fibres de bois. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne dans plusieurs notes techniques la haute qualité des fibres de chanvre et leur potentiel dans la production de textiles et de papiers techniques. Cette solidité supérieure fait du chanvre un choix de prédilection pour des applications spéciales (emballage, papier à dessin, documents importants, etc.).

3. Les étapes de fabrication du papier à partir de résidus de chanvre

Pour que la biomasse résiduelle de la plante devienne du papier, elle doit suivre plusieurs étapes de transformation. Initié par la collecte et le tri, le processus s’achève par le pressage final de la feuille. Voici un aperçu détaillé :

3.1 Collecte et séchage des résidus

  1. Collecte : Les résidus de chanvre (tiges, fibres, restes de fleurs non exploitables pour le CBD) sont rassemblés après la production de Hash CBD ou l’extraction d’huile de CBD.
  2. Séchage initial : Afin de limiter la décomposition et la moisissure, il est essentiel de laisser la biomasse sécher dans un espace bien ventilé. L’objectif est d’atteindre un taux d’humidité faible, généralement inférieur à 15 %.

Le séchage peut durer plusieurs jours, notamment si la récolte est importante. Selon des recommandations de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) concernant le stockage des plantes médicinales, la température idéale ne doit pas dépasser 35 °C afin de conserver un maximum de propriétés structurales dans les fibres.

3.2 Décorticage et séparation des fibres

Une fois les résidus secs, on procède au décorticage. Cette opération consiste à séparer la “chènevotte” (la partie centrale plus boisée de la tige) de la fibre externe. Dans certains cas, la chènevotte peut également être utilisée pour la fabrication de papier, car elle contient une proportion non négligeable de cellulose. Toutefois, la fibre externe est généralement privilégiée pour ses qualités mécaniques et son taux de fibre plus élevé.

Le matériel nécessaire :

  • Un décortiqueur mécanique ou manuel (selon la quantité traitée).
  • Un système de ventilation pour évacuer la poussière et la particule en suspension.

3.3 Cuisson et raffinage de la pâte

La prochaine étape consiste à transformer les fibres de chanvre en pâte à papier. Ce processus est similaire à la production de pâte à partir du bois :

  1. Cuisson : Les fibres sont trempées dans une solution (souvent un mélange d’eau et de soude, ou d’autres solvants autorisés) et chauffées. La lignine et l’hémicellulose se dissolvent partiellement, libérant la cellulose.
  2. Lavage : Une fois la cuisson terminée, on rince les fibres pour éliminer les produits chimiques et résidus.
  3. Raffinage : La pâte est ensuite broyée et raffinée jusqu’à obtention de la consistance désirée. Plus le raffinage est fin, plus le papier final sera doux et homogène.

Plusieurs techniques “blanches” ou écologiques (éviter le chlore, limiter l’usage de substances agressives) se développent pour répondre aux exigences environnementales, alignées notamment avec les directives écologiques de la Confédération suisse sur la gestion des déchets et la protection des ressources naturelles.

3.4 Formation de la feuille et pressage

La formation de la feuille se fait généralement sur une toile ou un tamis :

  1. On étale la pâte à papier de chanvre uniformément sur un tamis.
  2. L’eau s’écoule, laissant la cellulose s’agglomérer en une fine pellicule.
  3. Le feutre : On transfère cette pellicule sur une autre surface (feutre ou rouleau) pour absorber l’humidité résiduelle.
  4. Pressage : À l’aide d’une presse, on compacte la fibre afin d’éliminer l’eau restante et de créer une feuille plus dense.
  5. Séchage final : Les feuilles sont suspendues ou passées dans un système de séchage adapté jusqu’à élimination de la quasi-totalité de l’humidité.

Le résultat final est un papier de chanvre brut, dont l’épaisseur, la couleur et la texture peuvent varier selon la finesse du raffinage et le procédé de blanchiment éventuel.

4. Avantages écologiques et économiques

4.1 Réduction de la déforestation

En optant pour du papier à base de chanvre, on réduit la pression exercée sur les forêts. Plus la demande en produits papetiers à base de bois est élevée, plus les forêts sont sollicitées. Le chanvre, cultivable en plaine ou dans des zones agricoles spécialisées, devient ainsi une alternative attrayante et renouvelable pour préserver les écosystèmes forestiers.

Par ailleurs, en Suisse comme dans d’autres pays d’Europe, la politique forestière tente de concilier exploitation du bois et préservation de la biodiversité (voir Stratégie Biodiversité Suisse, qui encourage toute initiative visant à réduire la dépendance envers le bois pour des usages pouvant être remplacés).

4.2 Optimisation des coproduits

Lorsque l’on produit du Hash CBD, la majorité de la plante est destinée à l’extraction des cannabinoïdes (CBD, CBG, etc.). Les parties inutilisées – tiges, feuilles, résidus de fleurs non commercialisables – peuvent aboutir à d’autres filières de transformation (papiers, textiles, biomatériaux). Cette synergie contribue à améliorer la rentabilité de la culture du chanvre tout en limitant le gaspillage. On parle souvent d’“upcycling” ou de valorisation des sous-produits.

Selon la Fédération Suisse des Producteurs de Chanvre (IG Hanf), la diversification des débouchés est l’une des clés du développement pérenne de la filière chanvre dans le pays. Les producteurs sont ainsi encouragés à vendre leurs restes de biomasse aux sociétés papetières ou à des artisans papetiers.

4.3 Potentiel économique pour les petits exploitants

La valorisation du papier de chanvre peut offrir un complément de revenu aux entrepreneurs du CBD. Les petits exploitants, en particulier, peuvent bénéficier de marges plus intéressantes en commercialisant non seulement le Hash CBD ou l’huile de CBD, mais aussi les sous-produits. Le développement de coopératives autour de la fabrication de papier de chanvre (ou de textiles, ou encore d’isolants pour la construction) permet de mutualiser les infrastructures de transformation et de standardiser la production.

5. Applications du papier de chanvre

5.1 Impression et papeterie de luxe

Grâce à sa robustesse naturelle et son aspect unique, le papier de chanvre est souvent utilisé pour les gammes de papeterie haut de gamme, la réalisation d’invitations, de cartes de visite ou de livrets d’art. Son côté écologique et novateur suscite un engouement particulier auprès des entreprises et des particuliers sensibles à l’environnement.

5.2 Emballage et packaging

Le papier de chanvre, s’il est produit en plus grande quantité et avec un grammage plus élevé, peut également servir à la confection d’emballages. Dans un contexte où les emballages plastiques sont de plus en plus décriés, l’usage d’emballages en papier durable, biodégradable et compostable est un argument de vente certain. Les industries agroalimentaires et cosmétiques ont déjà commencé à expérimenter des solutions d’emballage à base de chanvre.

5.3 Filtres et autres usages techniques

Les fibres de chanvre, grâce à leur ténacité et leur structure poreuse, peuvent être utilisées dans la fabrication de filtres (par exemple pour l’eau ou l’air) et d’autres produits nécessitant une résistance mécanique à la traction ou à l’humidité. La société de recherche Empa (Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche, Suisse) a ainsi publié plusieurs rapports indiquant l’intérêt des biocomposites à base de chanvre pour des applications variées (construction, aéronautique légère, etc.). Même si ces biocomposites ne sont pas strictement du “papier”, la filière de recyclage et de valorisation est similaire.

6. Conseils pratiques pour les artisans et producteurs

6.1 Veiller à la qualité des résidus

Pour fabriquer du papier de haute qualité, mieux vaut partir de résidus bien sélectionnés, exempts de contaminants (métaux lourds, pesticides, etc.). Avant l’achat ou la revente de résidus de chanvre, il est judicieux de demander des analyses de laboratoire attestant de l’absence de substances toxiques, comme le recommande la Loi sur l’agriculture (LAgr, RS 910.1), qui exige un certain niveau de pureté pour les produits végétaux commercialisés.

6.2 Choisir le bon équipement

La production de papier de chanvre peut être réalisée à petite échelle de manière artisanale ou à plus grande échelle de manière industrielle. Dans les deux cas, un équipement adapté est nécessaire :

  • Bassins de trempage et de cuisson.
  • Machines de raffinage (pilosion, malaxage).
  • Tamis ou cylindres de formation de feuilles.
  • Presses pour évacuer l’eau.

La mise en place d’une chaîne artisanale n’exige pas un investissement très important si l’on se limite à de petites quantités, mais pour un rendement plus élevé, il faut envisager des équipements mécaniques et automatisés.

6.3 Respecter les normes environnementales

En Suisse, la production de papier est soumise à certaines règles visant à limiter la pollution de l’eau et la consommation d’énergie. Il est donc recommandé de :

  • Réutiliser l’eau de trempage de la pâte, après éventuellement un traitement pour la dépolluer.
  • Recycler les solvants usagés, dans la mesure du possible.
  • Veiller aux émissions atmosphériques (vapeurs, odeurs) lorsque l’on travaille à proximité de zones résidentielles.

Le Guide sur la protection des eaux de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) propose des orientations sur le traitement des eaux usées dans les petites industries. Se conformer à ces lignes directrices évite tout litige et protège les rivières et nappes souterraines du pays.

7. Les défis et perspectives pour le futur

7.1 Augmentation de la demande en papier écoresponsable

Le marché du “papier vert” est en pleine expansion, soutenu à la fois par la sensibilisation des consommateurs et par les politiques de durabilité des entreprises privées et des administrations publiques. Dans ce contexte, le papier de chanvre a une carte à jouer, pourvu que les coûts de production soient maîtrisés.

7.2 Recherche et développement

Les centres de recherche suisses, tels que l’Empa, l’ETH Zurich ou encore l’Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), explorent activement l’utilisation de nouvelles fibres végétales dans l’industrie. Les projets de recherche s’orientent également vers l’amélioration des procédés de fabrication pour diminuer l’empreinte carbone et la consommation énergétique.

7.3 Normalisation et certifications

Afin de rassurer le consommateur final, plusieurs certifications écologiques et biologiques pourraient venir encadrer la production de papier de chanvre. Des labels privés ou publics (comme Bio Suisse ou encore FSC si du bois est mixé à la pâte) peuvent se développer pour garantir la traçabilité et la qualité du produit. Les autorités suisses, en collaboration avec des organismes internationaux, travaillent sur la création de cadres standardisés pour ces nouveaux matériaux biosourcés.

7.4 Collaboration internationale

Le chanvre pour le papier n’est pas qu’une affaire nationale. De nombreux pays européens, comme la France, les Pays-Bas ou l’Allemagne, possèdent déjà des filières de transformation du chanvre bien établies. La Suisse, de par la qualité de ses produits et son esprit d’innovation, peut exporter son savoir-faire ou conclure des partenariats pour consolider ce secteur. L’échange de bonnes pratiques et les coopérations transfrontalières favoriseront la mise en place de marchés stables et rentables.

8. Conclusion

La fabrication de papier de chanvre à partir des résidus, notamment après la production de Hash CBD, s’inscrit parfaitement dans une démarche d’économie circulaire et répond à des enjeux écologiques pressants. Face à la raréfaction des ressources forestières et à l’essor d’un public exigeant en termes de durabilité, le chanvre propose une alternative solide pour l’industrie papetière.

Que vous soyez producteur de chanvre, artisan papetier ou simple curieux, l’avenir de cette filière est prometteur. En Suisse, le cadre légal autorise largement la culture et la transformation de variétés de chanvre à faible teneur en THC (moins de 1 %), offrant ainsi de belles opportunités d’innovation. Les processus de fabrication, bien que nécessitant un certain investissement matériel, demeurent accessibles à différentes échelles de production. En outre, les avantages économiques et écologiques sont reconnus par des instances officielles et des études scientifiques validées par des pairs.

En misant sur la valorisation intégrale du chanvre – de la fleur pour le CBD jusqu’aux résidus pour le papier – on ouvre la porte à une agriculture plus respectueuse de l’environnement et à un secteur industriel plus vertueux. À l’heure où la planète cherche de toute urgence des solutions durables, ces initiatives s’avèrent non seulement pertinentes, mais aussi indispensables pour bâtir le futur du chanvre en Suisse et ailleurs.