Tour du monde des haschichs traditionnels sans THC
Introduction
Le haschich, également appelé « hash », est traditionnellement associé à des cultures ancestrales à travers le monde. De l’Afrique du Nord à l’Asie centrale, la résine de cannabis a été consommée depuis des siècles pour ses propriétés psychoactives et, dans certaines régions, pour des usages socio-culturels variés. Pourtant, l’arrivée du cannabidiol (CBD) sur le marché international a suscité un engouement pour des produits dérivés du chanvre, dont une version « sans THC » ou à très faible teneur en tétrahydrocannabinol. Dans le cadre légal suisse, un cannabis dont la teneur en THC est inférieure à 1% est considéré comme légal (Source : Office fédéral de la santé publique (OFSP), consulté le 12/10/2023).
Cette évolution a permis de revoir la notion même de « haschich » et d’explorer diverses méthodes de production visant à préserver l’authenticité des pratiques traditionnelles tout en respectant les contraintes légales. Dans cet article, nous allons entreprendre un véritable tour du monde des haschichs dits « traditionnels » pour mieux comprendre comment la production de la résine de chanvre a évolué et comment elle s’adapte aujourd’hui au marché des produits faiblement dosés en THC.
Nous verrons notamment comment certains pays historiquement reconnus pour leur savoir-faire (Maroc, Liban, Afghanistan, Inde, Népal, etc.) se tournent – ou non – vers des variétés de chanvre à faible teneur en THC. L’objectif principal est de concilier patrimoine culturel, expertise artisanale et conformité légale. À travers ce voyage culturel, nous mettrons également en lumière les modes de production, les particularités gustatives et olfactives, ainsi que la conservation optimale de ces formes de haschich inspirées des méthodes ancestrales, mais adaptées à la réglementation moderne.
Qu’est-ce que le haschich « sans THC » ?
La seule différence majeure entre un haschich classique et un haschich « sans THC » (ou plus précisément, à très faible teneur en THC) réside dans la composition en cannabinoïdes de la plante de départ. Historiquement, la plante de cannabis utilisée pour fabriquer le haschich contenait un pourcentage conséquent de THC, la molécule psychoactive la plus connue du cannabis. Or, grâce aux progrès de la sélection génétique, il existe aujourd’hui une vaste gamme de variétés de chanvre industriel faiblement dosé en THC et parfois riche en CBD.
En Suisse, la loi autorise la culture et la commercialisation de chanvre ayant un taux de THC inférieur à 1% (Source : OFSP, Cannabis). Cela signifie qu’il est possible de produire et de vendre légalement des résines de chanvre qui respectent cette limite, à condition de prouver la conformité du produit via des analyses de laboratoire. Les analyses vérifient le profil cannabinoïde, afin de s’assurer du respect de la législation en vigueur.
Sur le plan sensoriel, le haschich à faible teneur en THC peut présenter des arômes similaires à ceux d’un haschich classique. Les terpènes – molécules responsables des saveurs et des odeurs caractéristiques – restent bien présents, souvent renforcés par des critères de culture minutieux. Cependant, l’effet psychoactif s’en trouve considérablement réduit, voire nul, lorsque le taux de THC est très faible. Les consommateurs à la recherche d’une relaxation douce ou d’un effet secondaire réduit peuvent se tourner vers ces produits. Les bienfaits potentiels du CBD (effet apaisant, propriétés anti-inflammatoires présumées, etc.) sont toujours en cours d’étude. Des revues scientifiques, comme celles publiées dans « Frontiers in Neurology » (réexaminées par des pairs), suggèrent que le CBD pourrait jouer un rôle dans la gestion de certaines tensions ou inflammations légères. Il convient toutefois de souligner que le CBD n’est pas un médicament et que les allégations thérapeutiques sont strictement réglementées en Suisse et en Europe.
Bref historique du haschich
Historiquement, le haschich est l’un des plus anciens concentrés de cannabis, sa production remontant à plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires, selon les historiens spécialisés. Les premières traces documentées de la consommation de résine de cannabis auraient été trouvées en Asie centrale. Au fil du temps, son usage s’est étendu à de nombreuses régions : l’Inde, certaines parties du Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud. Les méthodes traditionnelles de fabrication du haschich diffèrent selon les cultures, mais conservent un principe commun : extraire la résine des fleurs de cannabis à travers un tamisage ou un pressage des trichomes.
Au Maroc, la production de haschich s’est popularisée au cours du XXe siècle, notamment dans la région du Rif. Le Liban est également réputé pour son haschich de haute qualité, souvent appelé « Red Lebanese » en raison de sa teinte rougeâtre issue de certaines variétés cultivées localement. En Afghanistan et au Pakistan, on retrouve une longue histoire de production et d’exportation de haschich, ancrée dans la vie rurale et dans l’économie locale. Dans le sous-continent indien, le haschich est souvent lié à des rites spirituels et à des fêtes religieuses, comme le festival Holi en Inde où l’on consomme parfois du « charas » (une forme de résine obtenue par frottement à la main).
Il est toutefois important de noter que la plupart de ces régions ne sont pas historiquement focalisées sur un haschich « sans THC ». Les plantes locales possèdent généralement des ratios THC/CBD élevés. Cependant, la popularité grandissante du CBD et la demande pour des produits faiblement dosés en THC ont poussé certains producteurs à s’intéresser à des variétés de chanvre adaptées. Le résultat est l’élaboration de résines qui conservent un savoir-faire séculaire tout en se conformant aux exigences légales spécifiques, notamment celles de la Suisse.
Le haschich au Maroc
Le Maroc figure parmi les plus grands producteurs mondiaux de haschich, principalement concentré dans la région montagneuse du Rif. La production marocaine repose traditionnellement sur une technique de tamisage à sec : les têtes de cannabis sont séchées, puis passées à travers un tamis pour extraire la résine en fine poudre, qui est ensuite pressée pour former des pains de haschich. La qualité et la pureté varient en fonction du nombre de passages et de la finesse du tamis.
Le climat méditerranéen et les sols des montagnes du Rif offrent des conditions idéales pour la culture du cannabis. Historiquement, ces plantes présentaient un taux de THC élevé combiné à un certain taux de CBD, mais les exigences changeantes du marché international et l’intérêt croissant pour le CBD ont conduit certains producteurs à s’orienter vers des graines de chanvre à faible teneur en THC. Des coopératives se sont organisées pour tester des semences respectant la règlementation (moins de 1% de THC dans le cadre suisse, et en général moins de 0,2% pour d’autres marchés européens).
Le résultat est un produit final qui conserve les arômes épicés et terreux typiques du haschich marocain, tout en diminuant radicalement l’effet psychotrope. Selon des analyses de laboratoire partagées par des importateurs suisses, le produit final doit faire l’objet d’un rapport cannabinoïde pour vérifier sa conformité légale. Les producteurs marocains intéressés par le marché européen sont conscients de ces exigences et ont commencé à intégrer des standards qualitatifs (contrôle de la contamination aux métaux lourds, pesticides, etc.). Cette évolution témoigne d’une volonté de préserver la tradition tout en répondant à une nouvelle demande mondiale centrée sur le CBD et le bien-être.
Le haschich au Liban
Le Liban dispose d’un héritage pluriséculaire concernant le cannabis, principalement dans la vallée de la Bekaa. Le haschich libanais est célèbre pour ses couleurs, qui varient du rouge au jaune, en fonction de la variété de la plante et de la méthode de séchage. Traditionnellement, le « Red Lebanese » dévoile une teinte rougeâtre issue de plantes récoltées tardivement, tandis que le « Blond Lebanese » est produit à partir de plantes coupées plus tôt, offrant une couleur plus claire.
Dans les années 1970 et 1980, le haschich libanais a connu un essor spectaculaire à l’exportation, malgré des contextes politiques et sécuritaires complexes. Les cultivateurs libanais se sont forgé une réputation mondiale en s’attachant à des méthodes de tamisage soignées, pour un produit relativement pur et aromatique. Cependant, le degré de THC traditionnellement élevé fait rarement l’objet d’un abaissement. Les initiatives locales visant à produire un haschich à faible teneur en THC sont donc encore limitées, même si l’ouverture progressive des marchés internationaux du CBD pourrait encourager davantage de cultivateurs à expérimenter des variétés de chanvre industriel.
Pour prétendre à une commercialisation sur le marché légal suisse, les producteurs libanais intéressés devraient effectuer des analyses de laboratoire attestant d’un taux de THC inférieur à 1%. Les obstacles logistiques et législatifs, couplés à l’instabilité régionale, freinent partiellement l’essor du haschich libanais à faible teneur en THC. Toutefois, certaines initiatives émergent avec l’appui de coopératives cherchant à diversifier leurs cultures et à s’inscrire dans un cadre légal plus strict.
Le haschich en Afghanistan
L’Afghanistan jouit depuis longtemps d’une réputation de haut lieu de production de haschich. Les provinces du Helmand et de Kandahar, en particulier, sont réputées pour la culture de variétés de cannabis difficiles à trouver ailleurs. L’Afghanistan est même mentionné dans des textes anciens décrivant le haschich comme un produit à forte valeur culturelle et économique. De la même manière qu’au Maroc, la résine afghane se distingue souvent par une couleur plus sombre et une texture plus collante, résultat d’un tamisage plus traditionnel et parfois d’un pressage à chaud.
Au regard des tensions géopolitiques et de l’instabilité qui persistent dans la région, la mise en place de cultures de chanvre faiblement dosé en THC n’est pas au cœur des préoccupations de la plupart des exploitants locaux. La production de cannabis à forte teneur en THC demeure prédominante. En revanche, l’intérêt global pour le CBD conduit certains intermédiaires internationaux à s’interroger sur l’opportunité d’importer depuis l’Afghanistan des résines répondant aux seuils légaux requis pour le marché européen ou suisse.
Toutefois, la transition vers des variétés de chanvre à moins de 1% de THC impliquerait d’importants changements : sélection de souches spécifiques, vérification constante sur le terrain, contrôles de laboratoire et respect de normes phytosanitaires. Au vu des contraintes actuelles, l’émergence d’un « haschich afghan CBD » reste marginale. Cela dit, l’expertise afghane en matière de production de résine demeure unique et pourrait potentiellement s’appliquer à des projets de transformation ciblés sur des variétés homologuées sur le marché du CBD.
Le haschich en Inde et au Népal
L’Inde et le Népal possèdent une longue tradition dans la production de résine de cannabis. En Inde, cette résine est connue sous le nom de « charas » : elle est obtenue par frottement manuel des fleurs fraîches de cannabis sur les paumes pour en récupérer la résine. Le charas est traditionnellement lié à certaines pratiques religieuses, en particulier au culte de Shiva, divinité de l’hindouisme. On retrouve également, dans certaines régions himalayennes du Népal, des communautés où cette pratique du charas est un savoir-faire transmis de génération en génération.
Contrairement aux haschichs secs ou tamisés, le charas est plus collant et se présente souvent sous forme de « bâtonnets » roulés à la main. Historiquement, les variétés de cannabis utilisées dans les contreforts de l’Himalaya présentent des niveaux de THC élevés. Les populations locales apprécient les effets puissants et relaxants de ces résines. Dans le cadre d’une éventuelle adaptation pour développer un « charas » faiblement dosé en THC, il faudrait opérer une véritable révolution agricole : remplacer les souches locales par du chanvre industriel ou obtenir des hybrides capables de pousser en haute altitude.
Il existe déjà quelques initiatives plus formelles, motivées par des marchés occidentaux en quête de produits exotiques et légaux. Cependant, leur portée reste encore restreinte. Les enjeux logistiques (transport, tests en laboratoire, certifications) et la complexité du cadre légal en Inde et au Népal peuvent constituer un frein. Il n’en demeure pas moins que l’Inde et le Népal pourraient à moyen terme s’intéresser davantage au CBD si la demande continue de croître, notamment en Europe et en Suisse où l’on recherche des produits authentiquement inspirés des pratiques traditionnelles de la région himalayenne.
Le haschich en Europe et l’essor du CBD
En Europe, l’essor des produits à base de CBD a clairement ouvert de nouvelles opportunités pour les transformateurs et les consommateurs désireux de profiter de l’arôme et de la texture du haschich, sans l’effet psychotrope associé à un taux élevé de THC. En France, par exemple, malgré une réglementation plus stricte que celle de la Suisse, on observe un intérêt croissant pour les résines issues de chanvre industriel (principalement importées de pays où la législation est plus favorable). En Italie, l’« Italia Canapa » a vu le jour afin de promouvoir la culture du chanvre à usages multiples, y compris pour la production de dérivés à faible teneur en THC.
Quant à la Suisse, elle s’est positionnée comme un acteur majeur en raison de son seuil légal plus élevé (1% de THC) qui offre un éventail plus large de possibilités aux cultivateurs et transformateurs. De nombreuses entreprises suisses importent des fleurs de chanvre depuis différentes régions d’Europe ou développent leurs propres cultures. Elles appliquent ensuite des procédés de transformation (tamisage à sec, extraction plus élaborée, etc.) pour obtenir des résines riches en CBD. Des analyses de laboratoire sont systématiquement réalisées pour contrôler le taux de THC et les éventuels contaminants (métaux lourds, pesticides, champignons).
Au-delà du simple respect de la réglementation, cet essor du CBD en Europe pousse les acteurs à innover. Certains tentent par exemple d’imiter l’aspect et la saveur de haschichs traditionnels (Maroc, Liban, Afghanistan) en utilisant des terpènes naturels extraits de chanvre à faible THC ou de plantes aromatiques proches. C’est ainsi que l’on voit apparaître desHash artisanalement « parfums marocains » ou « influences libanaises », bien qu’il s’agisse de résines produites localement à partir de chanvre légal. Une telle pratique permet de concilier tradition, innovation et respect des lois.
Conservation et modes de consommation
La conservation d’un haschich faiblement dosé en THC demande les mêmes précautions que celle d’un haschich classique : un stockage dans un contenant hermétique, à l’abri de l’humidité, de la lumière directe et des variations excessives de température. Des boîtes en métal ou en verre opaque avec joint d’étanchéité demeurent les meilleures options. Lorsque le haschich est bien protégé, son arôme peut se maintenir pendant plusieurs mois, voire plus d’un an, tout en préservant un taux de cannabinoïdes stable.
Concernant la consommation, plusieurs options s’offrent aux amateurs de résine sans THC ou à faible teneur en THC. Certains préfèrent la vaporisation, qui consiste à chauffer la matière pour libérer les composés aromatiques sans créer de combustion. Cela permet de préserver davantage de terpènes et d’éviter l’inhalation de substances potentiellement nocives produites par la combustion. D’autres consommateurs intègrent la résine à des recettes culinaires, comme des infusions ou des plats sucrés/salés. Dans ce cas, il est important de decarboxyler légèrement le haschich (c’est-à-dire le chauffer délicatement au four, généralement à moins de 120 °C pendant environ 30 minutes) afin d’activer les cannabinoïdes.
En Suisse, la vente de produits comestibles au CBD est encadrée par des normes spécifiques. Les denrées alimentaires contenant du cannabidiol doivent respecter les exigences de sécurité alimentaire et être étiquetées de manière conforme. Il est donc essentiel de se procurer ces produits auprès de sources dignes de confiance et de vérifier qu’ils sont accompagnés d’analyses de laboratoire. De plus, qu’ils soient inhalés ou consommés par voie orale, les produits à base de CBD ne sont pas anodins et doivent être utilisés de manière responsable. Les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes sous traitement médicamenteux doivent impérativement consulter un professionnel de santé avant toute consommation, conformément aux recommandations de nombreux organismes de santé publique.
Conclusion
Le haschich « sans THC » ou à très faible teneur en THC n’est pas à proprement parler une invention moderne, mais plutôt l’évolution naturelle d’un produit ancestral face à des exigences légales et à la demande d’une clientèle en quête d’effets plus doux. Chaque grande région productrice a développé au fil du temps un savoir-faire spécifique : le tamisage à sec dans les montagnes du Rif au Maroc, le haschich coloré de la vallée de la Bekaa au Liban, l’Afghan collant et parfumé, ou encore le charas indien frotté à la main. Toutes ces techniques traditionnelles peuvent, à des degrés divers, être adaptées à des variétés de chanvre ne dépassant pas le seuil légal de THC, au profit d’un marché florissant du CBD.
En Suisse, la limite d’1% de THC et la croissance exponentielle de la demande en produits à base de cannabidiol ont favorisé l’émergence de résines artisanales s’inspirant du patrimoine marocain, libanais ou asiatique, tout en se conformant aux contrôles de laboratoire établis par la réglementation nationale (Source : OFSP, consulté le 12/10/2023). Les consommateurs y gagnent en diversité : ils ont accès à des produits mariant authentiquement des saveurs typiques de haschich et un taux de THC réduit à son strict minimum.
Dans un tel contexte, la vigilance reste de mise : les contrôles de qualité, la traçabilité des lots et la transparence sur les analyses de laboratoire sont indispensables pour garantir la conformité et la sécurité des produits. Les conseils de conservation et de consommation responsables sont également cruciaux pour préserver les propriétés organoleptiques et cannabinoïdes de ces résines. Finalement, l’engouement actuel pour le CBD, combiné aux traditions ancestrales de production de résine, s’inscrit dans une dynamique d’innovation continue, permettant à la fois de perpétuer un héritage culturel et de répondre aux aspirations modernes d’un large public en quête de bien-être.